Quel piquant ! Protecteur, décoratif, l’aubépine est paré de mille vertus depuis des siècles. S’il fait peur aux sorcières, l’aubépine embaume les jardins et tonifie nos artères.

Au printemps, on reconnaît l’aubépine de loin aux nuages de fleurs blanches ornant les haies vives, les bordures de forêts ou de routes. Surnommée épine blanche, cenellier, noble épine, bois de mai ou valériane du cœur… l’aubépine recèle bien des secrets sous ses épines. Depuis l’Antiquité, cette fleur de mai qui symbolise la pureté et protège du mauvais sort se voit attribuer des pouvoirs mystérieux. Elle aurait la faculté de retenir les nombreuses ramifications des prunelliers (épine noire), et un seul de ses rameaux pourrait repousser un maléfice lancé avec une branche de ces derniers. On la clouait sur la porte des étables afin d’éloigner les sorcières. Mais les vertus de cet arbuste qui comporte plus de 200 espèces et pousse jusqu’à 1 600 mètres d’altidude sous nos latitudes ne s’arrêtent pas là. Les deux espèces les plus communes, l’aubépine à deux styles (Crataegus laevigata) ou à un style (Crataegus monogyna), qui fleurit deux à trois semaines plus tard, sont aussi les plus utilisées à des fins médicinales. On connaissait déjà les propriétés diurétiques et calmantes de la plante lorsqu’au xixe siècle, un médecin irlandais découvrit son efficacité contre les problèmes de circulation sanguine et l’insuffisance cardiaque. Des études confirmées plus tard par de nombreuses recherches scientifiques.

Le nom générique Crataegus (du grec ancien krataios, fort, ferme) se réfère probablement au bois particulièrement dur de l’aubépine dont on a très tôt confectionné des arcs, puis les manches des couteaux traditionnels. Dès le printemps, on collecte ses fleurs, ses feuilles et, à l’automne, ses baies légèrement farineuses et sucrées. On faisait autrefois du thé ou des sirops avec ces dernières. En Europe centrale, on les consommait en purée, ou séchées et moulues pour « couper » la précieuse farine de blé ou d’orge. Les fleurs et les bourgeons entraient dans les recettes printanières.

À la campagne, l’aubépine forme souvent des haies impénétrables qui protègent le bétail et les champs du vent glacial. Dans le jardin, on la cultive à des fins ornementales ou écologiques. Ces arbustes protecteurs sont une source d’alimentation pour les oiseaux, les abeilles et nombre de petits auxiliaires. Outre les variétés communes et locales, les plantations d’épines rouges à la floraison d’un rose plus ou moins profond offrent un spectacle changeant toute l’année.

En cette saison, vous pourrez en profiter, paisiblement allongé sur l’herbe, et vous laisser envoûter par les gazouillis des oiseaux et les bourdonnements des insectes pollinisateurs tout en contemplant le ciel à travers la profusion de ces fleurs gracieuses.

Je m’abonne au magazine Esprit d’Ici

  1. Le jaseur boréal, visiteur de l’hiver, trouve souvent refuge dans les buissons d’aubépines dont il apprécie les fruits, aussi appelés cenelles. Plus de 30 espèces d‘oiseaux, dont le rouge-gorge, profitent ainsi de cette plante épineuse pour y élever tranquillement leurs oisillons.
  2. L’épine rouge (Crataegus laevigata) illumine les petits jardins. Les fleurs doubles de ‘Paul’s Scarlet’, une variété très appréciée, ou de ‘Punicea Flore Pleno’, ressemblent à des mini-roses.
  3. Les baies rouge brique apparaissent à partir de septembre. Elles ne sont bonnes à manger qu’une fois cuites. Délicieuses avec des pommes sucrées, des poires ou des coings, dans une compote ou une confiture, elles contribuent en prime à renforcer le cœur.
  4. Les feuilles se parent de rouges et de jaunes flamboyants à l‘automne, ce qui contribue au succès de cet arbuste ornemental qui change d‘aspect avec les saisons.
  5. Les délicats pétales blancs, parfois parsemés de rose, rappellent les fleurs de pommiers. L’étamine rosée-rouge est typique de l’aubépine à un ou deux styles.
  6. L’épine blanche (Crataegus monogyna), aux feuilles incurvées, est très rustique. Ici, la ‘Flexuosa’ se distingue par ses pousses torsadées.